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Eternit : 44 emplois menacés sur le site d’Haulchin

Eternit, entreprise appartenant au groupe Etex, se trouve aujourd’hui en difficulté. Spécialisée dans la fabrication de plaques ondulées à destination principale des agriculteurs, elle peine à rester compétitive sur un marché qui évolue trop vite pour elle.
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Rassemblement des salariés d’Eternit le 29 janvier 2024 alors que la direction a annoncé la fermeture de l’usine en présence de Cédric Brun, Conseiller Régional Hauts-de-France (LFI). Crédit: @UD CGT NORD

Des erreurs stratégiques qui impactent directement les salariés

L’entreprise a ainsi annoncé le 24 janvier une réorganisation industrielle comprenant la fermeture du site d’Haulchin, pourtant en activité depuis 102 ans. Le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) concerne l’intégralité des salariés du site, soit 44 travailleurs. Ces derniers, sont remontés contre cette fermeture qu’ils trouvent injustifiée, et attendent beaucoup des négociations qui vont s’ouvrir dans les jours à venir. 

S’ils tiennent à se faire entendre, c’est qu’ils ne l’ont pas été par le passé. Conscients des difficultés du site, ces derniers regrettent l’insuffisance d’investissements stratégiques, pourtant demandés par la CGT. Le groupe Etex préfèrerait ainsi investir dans l’achat d’entreprises extérieures que de développer ses activités sur le sol nordiste. 

Pour Willy Wailliez, délégué syndical central de la CGT, les erreurs stratégiques ont été multiples. Il explique ainsi que plusieurs innovations ont été proposées par le groupe belge pour transformer le site. Dans un premier temps les plaques isolantes en 2018, qui n’ont pas su trouver clientèle et ne sont restées sur le marché que trois ans. D’autres idées suivront et subiront sensiblement le même sort. Ainsi en 2021, le groupe mise sur un produit phare, le silicate de calcium. Projet rapidement abandonné car le marché ne serait pas au rendez-vous. Dernier fiasco en liste, l’achat de « l’usine de demain » E-loft qui aurait coûté au groupe plusieurs millions d’euros et valu le licenciement du directeur Europe, responsable de cet investissement désastreux. 

L’entreprise se porterait pourtant assez bien pour se permettre de conserver le site, et de mettre en application une autre de leurs idées, le lancement de plaques photovoltaïques. Pour Willy Wailliez, ce projet aurait pu permettre une reconversion du site. Mais la fermeture de l’usine a été décidée avant même de s’assurer de la viabilité du projet. En effet, Eternit appartient au géant ETEX, qui possède 12 marques de matériaux de construction en tout genre. Le groupe qui compte plus de 13 000 salariés affiche des bénéfices de près 275 millions en 2022. Malgré une présence mondiale tentaculaire et des indicateurs économiques au beau fixe, le groupe ne semble malgré tout pas enclin à investir dans l’un de ses sites historiques. 

La dépollution : qui assumera le coût ?

Autre enjeu majeur, c’est la pollution du site. En 1995,  l’entreprise avait fait l’objet d’un scandale quant à la présence d’amiante dans les produits fabriqués. Aujourd’hui encore, le site nécessite des travaux de dépollution pour pouvoir être vendu. Le groupe ne souhaite cependant pas investir dans cet ouvrage, et préfère ainsi louer l’emplacement. Si un repreneur potentiel s’est déjà fait connaître, il est possible de penser que les négociations seront plus compliquées au vu du refus de dépollution par le groupe. Si le site ne trouve pas de repreneur et se retrouve à l’abandon, ce sont les riverains et les agglomérations qui pourraient pâtir de la présence d’une usine non-dépolluée dans leur sillage. 

Les salariés,eux, attendent du groupe Etex des réponses, notamment sur les mauvais investissements de l’entreprise et que tout soit fait pour conserver leur emploi sur place. Pour l’instant, le PSE n’offre que peu de possibilités entre les postes délocalisés en Hollande et des offres de reclassement interne à plus d’une heure du site d’Haulchin. Les salariés qui se sont toujours adaptés aux demandes de la direction, cherchent donc un repreneur, capable de conserver les 44 emplois, afin de pérenniser l’activité du site.

Heureusement, ils ne sont pas seuls dans leur lutte. Plusieurs élus locaux se sont rendus sur place pour témoigner de leur appui et de leur colère face à la mauvaise-foi du groupe Etex. Jean-Claude Dulieu, conseiller départemental a ainsi apporté son soutien à la lutte « pour le temps que cela durera » et compte bien interpeller les représentants de l’Etat.

Les négociations en pause jusqu'au 15 mars

Vendredi 2 février s’est tenu le premier comité central d’entreprise donnant suite à l’annonce de la fermeture de l’usine. Selon Willy Wailliez, ce fut simplement l’occasion de rencontrer le repreneur potentiel. Les employés restent attentifs à la fiabilité de ce dernier, ne souhaitant pas avoir à subir une deuxième fois cette épreuve difficile. Dans l’immédiat, les négociations sont en pause. « De nature optimiste », le délégué syndical espère pouvoir avoir gain de cause, à savoir « garder les emplois sur le site ». Cependant, si les négociations ne leur sont pas favorables, les relations « risquent de se tendre », prévient Willy. Les salariés sont prêts à se battre pendant plusieurs semaines, à l’instar des leurs « anciens » qui, en 1995 avaient lutté pendant 3 semaines et demie pour interdire l’amiante.

La prochaine échéance pour le site d’Haulchin est donc actée  pour le 15 mars, date du prochain comité central d’entreprise qui devrait pouvoir leur apporter les informations manquantes.