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Adecco enfin condamné pour fichage ethnique

Mercredi 13 mars, l’agence d’intérim franco-suisse Adecco a été condamnée par la justice française pour fichage raciste. Ce dossier sensible était porté depuis 23 ans par des associations anti-racistes. Pour elles, la peine prononcée contre l’entreprise est trop faible, compte tenu de ses moyens et des faits qui lui sont reprochés.
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En 2001, un ancien stagiaire chargé de recrutement en poste chez Adecco découvre un dossier nommé « PR4 ». Dans ce dossier, débuté en 1997, il trouve une liste de 500 travailleurs, dont 99% étaient des personnes de couleur. L’ancien salarié décide donc d’avertir l’association SOS Racisme, qui dépose une plainte en 2001 pour fichage raciste et discrimination à l’embauche. 

23 ans plus tard, l’heure est enfin aux explications. Adecco nie avoir ajouté ces personnes au dossier en fonction de leur origine ethnique, et avance des critères « d’adaptabilité ». Selon l’entreprise, tous ces potentiels travailleurs avaient en commun des difficultés à lire, écrire et compter, ainsi que de « présentation ». Ayant une clientèle d’employeurs parfois très exigeants, il leur semblait sensé d’effectuer eux-mêmes une pré-sélection. Mais pour la juge, cette explication ne tient pas. Elle est même « incohérente » et « inapplicable dans la définition qui était donnée ». En effet, dans cette liste « PR4 » se trouvent également des personnes scolarisées en France et titulaires de diplômes, notamment en comptabilité. De plus, des anciens salariés de l’entreprise admettent avoir eu connaissance d’un « code pour marquer la couleur de peau ». De quoi convaincre la justice de l’existence d’un réel « fichage ethnique », définit par l’article 226-19 du Code pénal, mais aussi d’une discrimination à l’embauche. 

Mais ce n’est pas tout. Les deux anciens directeurs de l’entreprise, Olivier P. et Mathieu C., ont eux aussi, dû répondre de leurs actes et ont  été poursuivi pour discrimination. Des faits qu’ils nient, disant être eux-mêmes engagés dans cette lutte. Leur argumentaire ne semble une nouvelle fois pas assez convaincant, et ils subissent le même sort que leur ancienne boite.

Finalement, l’entreprise a été condamnée à 50 000 euros d’amende, et à verser aux 20 plaignants qui ont pris part au dossier 1 200 euros de préjudice moral. Les associations obtiennent quant à elle 20 000 euros chacune de dommages et intérêts, somme dérisoire au reflet du temps et de l’énergie investis dans ce procès. Les anciens directeurs ont été condamnés à une amende de 10 000 euros, dont 7 000 avec sursis. 

Une goutte d’eau pour l’entreprise. Bien que ses résultats soient en baisse ces dernières années, Adecco déclare un chiffre d’affaires de 4 milliards d’euros en 2022, et un résultat net de 38 millions, largement de quoi mieux dédommager les parties prenantes. 

Deux décennies plus tard, la discrimination à l’embauche reste un sujet brulant. Une étude de l’Observatoire des inégalités datant de l’an passé rapporte que les candidats avec un nom d’origine française ont près de 50% de chances de plus d’être rappelés par un recruteur que ceux ayant un nom d’origine maghrébine. Il révèle par ailleurs que le taux de chômage est 2,25 fois plus élevé chez les personnes immigrées d’Afrique et que plus de 5 millions d’emplois en France seraient fermés aux personnes étrangères, en raison des critères mis en avant. 

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