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Plus de deux mois de grève : La lutte homérique des salariées de Vertbaudet

A Marquette-lez-Lille (Nord), les salariées sont en grève depuis le 20 mars pour obtenir une augmentation de salaire. Face à la malhonnêteté de la direction, le climat s’est tendu jusqu’à voir le piquet de grève violemment évacué par la police et une salariée traînée au sol. La motivation des grévistes reste malgré tout intacte et remarquable.
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Fresque peinte sur  le piquet de grève et détruite lors de l’intervention des forces de l’ordre le 15 mai 2023

D'autre choix que la lutte

L’histoire n’est pas banale. Après des années de maison, les ouvrières de Vertbaudet se mettent pour la première fois en grève le 20 mars dernier afin de réclamer une revalorisation des salaires. Plus de deux mois après, elles sont toujours 72, sur les 327 salariés de l’entrepôt, à tenir, dans un climat tendu et face à une direction qui fait la sourde oreille.

La cause du débrayage de mars: l’annonce par le président du groupe que l’entreprise se porte bien alors même que les NAO, négociations annuelles obligatoires, ont mené à une augmentation des salaires des ouvrières de… 0%, alors que les cadres et les agents de maîtrise se sont vus attribuer une augmentation de 0,8%.

Dans un contexte d’inflation galopante, ces petites mains de la vente à distance ont dit “non” pour la première fois. Cette mobilisation est en train de devenir un symbole des inégalités femme/homme au travail et de la lutte des classes.  

Un climat délétère créé par la direction

Face à ce vent de révolte, la direction de Vertbaudet a été en dessous de tout, notamment en communiquant sur des chiffres trompeurs. Elle propose en effet un ensemble de primes et de journées de congés supplémentaires qui seraient équivalentes à une augmentation de 6% des salaires des grévistes. Outre que ce chiffre semble sorti d’un chapeau magique, la direction prend en compte dans son calcul des avantages dont toutes les salariées ne pourront pas profiter comme un jour de congé déménagement, un jour de congé pour un conjoint hospitalisé…

 

La seule réponse pécuniaire apportée : une PPV, prime sur le partage de la valeur de 650 euros, soit un peu plus de 50 euros par mois pour les salariées alors qu’elles réclament une augmentation de 150 euros net par mois. Cette “prime Macron” arrange bien la direction qui ne paiera ni cotisation, ni charge dessus, d’autant plus que ce dispositif n’est pas pérenne. De quoi attiser la colère des ouvrières qui voient leur salaire resté au niveau du Smic et qui s’inquiètent pour le futur: “les primes, ça ne paie pas la retraite” déclarait  Allison Glorieux, 46 ans, représentante CGT à nos confrères du Monde. Une autre salariée déclare: “en 17 ans de boîte et je gagne autant que la nouvelle”. Cette prime? c’est la parade facile : pas d’augmentation du salaire de base, bien évidemment, elle ne rentre pas en compte dans le calcul retraite, elle est supprimable d’une année à l’autre, et elle est conditionné au prorata du temps de travail dans une entreprise où beaucoup sont à temps partiel. 

 

La direction ne s’attendait certainement pas à une telle abnégation de la part des grévistes et son silence a fait monter une tension déjà palpable, accentuée par le recours à des intérimaires pour casser le mouvement. L’union locale de la Cgt a déjà alerté sur l’utilisation abusive de l’intérim avant même la grève. Le tribunal de Lille a débouté la Cgt de sa demande début mai, alors même que l’inspection du travail a observé le recours à des intérimaires depuis le début de la grève. Cependant, il a estimé que cela ne s’apparente pas à des casseurs de grève.

Des heurts et un soutien tardif

Dans ce contexte, en quarante-huit heures, les 15 et 16 mai, le conflit social à l’entrepôt logistique Vertbaudet de Marquette-lez-Lille a totalement basculé.

La préfecture, en appui de la direction, a préféré envoyer les forces de l’ordre pour déloger le pic de grève plutôt que d’organiser une médiation. Lors de cette évacuation, une salariée a été traînée par terre et étranglée par un policier selon ses dires. Une plainte a été déposée et le parquet de Lille a ouvert une enquête à propos de ces violences. De tous les observateurs présents, c’est le dispositif des forces de l’ordre qui a choqué, semblant fortement disproportionné pour 80 grévistes pacifistes, qui ne demandent que de meilleures conditions de vie. 

Face à un conflit qui s’envenime, il a fallu attendre des incidents d’une violence rare pour que les caméras soient braquées sur Vertbaudet. Le 16 mai au soir, le délégué syndical Cgt du groupe a été agressé devant chez lui, une autre enquête a été ouverte à ce sujet. 

Depuis, la Cgt et la LFI notamment tentent de médiatiser cette lutte à l’échelle nationale. Si à l’échelle locale le soutien date du début du mouvement, il a fallu attendre un certain temps pour voir défiler les figures de proue de la gauche. 

Reste qu’autour de l’entrepôt, le soutien citoyen est là, comme le prouve l’argent récolté dans la caisse de grève. Des commerçants et des producteurs locaux passent soutenir le piquet, en offrant petit déjeuner, fruits et légumes, des gestes de solidarité appréciés des grévistes. 

Nouveau symbole de la lutte sociale

Après la lutte contre la réforme des retraites, les grévistes de Vertbaudet semblent bien malgré elle devenir le nouveau symbole de l’état de la lutte sociale dans notre pays où le pouvoir et les entreprises préfèrent envoyer la police que de venir négocier de façon honnête. 

Cette lutte interroge aussi les biais sexistes à l’œuvre au sein du monde du travail. La direction de Vertbaudet mépriserait-elle de la même façon un mouvement social porté par des hommes ? 

La durée de ce bras de fer oblige à modifier l’approche de la lutte en profondeur et même les salariées appellent aujourd’hui à un boycott de la marque jusqu’au gain de cause pour leur salaire. Une stratégie imposée par le silence de la direction et qui reprend l’appel de Sophie Binet, Secrétaire générale de la cgt. 

C’est aussi Sophie Binet qui a été à l’initiative d’une tribune dans Le Monde avec d’autres figures féminines de la lutte sociale comme Marie George Buffet et Marine Tondelier pour rappeler leur soutien à une lutte symbole de la violence et du mépris social actuel des patrons et de la macronie. 



Vous pouvez soutenir les grévistes via la cagnotte de l’union locale Cgt sous ce lien : 

https://www.leetchi.com/fr/c/soutien-aux-travailleuses-et-travailleurs-en-greve-de-vert-baudet

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