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La papeterie Condat : 187 emplois et un énième savoir-faire français menacés

Premier employeur privé de Dordogne, la papeterie Condat est sous le coup d’un PSE, plan de sauvegarde de l’emploi, annoncé fin juin visant à fermer la ligne de production numéro 4. Le dossier est remonté jusqu’à Bercy début septembre après une grève des salariés de 17 jours.
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Des ouvriers bloquent l’usine des Papeteries de Condat, au Lardin-Saint-Lazare (Dordogne), après l’annonce de la fermeture d’une ligne de production, le 29 août 2023. THIBAULT DELMARLE / RADIO FRANCE / MAXPPP - Source: Le Monde

Une nouvelle coupe dans les effectifs d’un ancien fleuron industriel français

La papeterie Condat, propriété du groupe Lecta, qui possède notamment des papeteries en Italie et en Espagne, emploie 412 personnes à Lardin-Saint-Lazare en Dordogne. La région Nouvelle Aquitaine estime que la papeterie génère à elle seule plus de 1200 emplois directs et indirects. Autant dire que l’annonce du 20 juin dernier passe mal. Le groupe souhaite en effet fermer la ligne 4 de production, spécialisée dans le papier couché double face, papier utilisé notamment pour l’édition de livres. 187 salariés seront licenciés. Dernière usine française à maîtriser cette technique, cet ancien fleuron industriel français qui a naguère employé plus d’un millier de salariés, serait victime selon son propriétaire de l’inflation du prix de l’énergie et d’une baisse des commandes. 

Pour Philippe Delord, délégué syndical CGT, un marché du papier couché existe en France, avec une consommation de 300 000 tonnes par an. La ligne de production numéro 4 peut produire à elle seule 220 000 tonnes de ce papier. Sa fermeture va pousser les clients de l’entreprise à se fournir à l’étranger, Condat étant la dernière papeterie de papier couché sur le territoire français.

Le groupe Lecta emploie 2852 salariés essentiellement en France, en Italie et en Espagne. Composée de plusieurs fonds d’actions et d’investissements, les origines du groupe remontent à l’achat de trois papeteries entre 1997 et 1999 : Cartiere del Garda en Italie, Condat en France et Torraspapel en Espagne. Lecta n’envisagerait pour autant pas d’abandonner le site de Condat et la direction souhaiterait miser sur la ligne de production numéro 8 spécialisée dans des papiers spéciaux comme le glassine utilisé pour les étiquettes et le papier couché une face. 

© Crédit photo : Angélique Pouch

Une entreprise subventionnée par l’Etat qui refuse toute idée de reprise

Eric Pestourie, élu au comité d’entreprise, déclarait à nos confrères de France 3 Périgords : ”Pourtant, notre papier, c’est le Goncourt 2022. Ce sont des livres en circuit-court, des éditeurs nous plébiscitent. Et on est en train de nous détruire.” 

C’est un nouveau savoir-faire français qui pourrait partir, cette fois pour l’Espagne, alors même que le groupe Lecta a bénéficié d’un prêt à taux zéro de 19 millions d’euros de la part de la région Nouvelle-Aquitaine pour moderniser la fameuse ligne 8, ainsi qu’une aide de 14 millions d’euros de l’Ademe ( l’agence pour la transition écologique) pour installer une chaudière CSR (combustibles solides de récupération : une chaudière biomasse) afin de réduire les coûts de l’énergie sur le site. Alors qu’une des raisons invoquées pour ce PSE est justement les coûts de l’énergie, l’annonce des licenciements vient avant même la mise en service d’un outil financé par l’Etat devant les réduire. (la mise en service devrait avoir lieu en juin 2024). 

Les délégués du personnel Condat souhaitent trouver un repreneur qui garantit le maintien des deux lignes de production. Cependant Lecta n’est pas vendeur et veut continuer d’exploiter la seconde ligne de la papeterie. Néanmoins, les élus du personnel et élus locaux doutent de la rentabilité de l’usine avec une seule ligne de production en service. 

Malgré cela, les salariés grévistes ont levé le blocage du site la semaine dernière face aux avancées dans les négociations sur les conditions de départ, des négociations qui vont se poursuivre jusqu’au 11 octobre. L’intersyndical organise une nouvelle manifestation le mercredi 20 septembre à 17h.

Si les élus locaux ont appelé l’Etat à intervenir et même proposer un rachat par celui-ci, Roland Lescure le ministre de l’industrie ne semble disposer que de peu de pouvoir pour contraindre le groupe Lecta à céder son activité. Les pouvoirs publics sont condamnés à voir un groupe privé finir de démanteler un des morceaux du patrimoine industriel, le tout subventionné avec de l’argent public.