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Getir, Gorillaz, Flink : Le départ du “quick commerce” de France, 1800 salariés menacés

L’annonce du retrait définitif de Getir, un des leaders mondiaux du quick commerce, a pris de court beaucoup de monde, notamment ses salariés. Si l’entreprise avait demandé son placement en redressement judiciaire en mars, son départ pose la question de la viabilité de ce nouveau marché. 1800 salariés sont aujourd’hui dans le flou.
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Le quick commerce est un service de livraisons de produits du quotidien via une application. La livraison est censée être effectuée  en quelques minutes par un livreur à vélo ou scooter. Pour se développer cette activité a notamment nécessité le développement de “dark store”, entrepôt urbain de préparation de commandes semblable à des supermarchés mais sans client. Après le départ de l’allemand Flink, c’est au tour de Getir, entreprise turque, de quitter le marché français. La raison avancée serait “un environnement contextuel défavorable “ à cause du durcissement réglementaire et de l’inflation.

Objectif : livrer vite. Résultat : vite parti

Très rapidement, le développement du quick commerce en France a fait l’objet de vives critiques. Si durant les confinements son utilité pouvait apparaître, la livraison en 15 minutes dans des grandes villes françaises comme Paris, quadrillées par les enseignes de supermarchés et autres supérettes ressemble à un caprice d’enfant gâté. Un rapport d’information de l’Assemblée nationale sur le quick commerce, du 3 mai dernier, pointait que ces services étaient essentiellement destinés à des jeunes urbains appartenant au CSP+ (catégories socioprofessionnelles supérieures) de région parisienne ou des couples de jeunes actifs répondant au même profil. 


Le développement de cette “économie de la flemme” n’est pas le seul problème que cette activité pose. Avec l’ouverture d’entrepôts urbains, engendrant trafic et nuisances sonores, les acteurs du quick commerce se sont mis riverains et élus à dos dans les villes où ils se sont développés. 

Un modèle en question

Si le rapport d’information de l’Assemblée nationale avance que ce marché existe avec des perspectives de croissance importantes, c’est le modèle même qui est remis en question. Alors que le marché était de 122 millions d’euros pour l’ensemble du secteur en 2021, il pourrait être de 430 millions d’euros d’ici 2030.

En effet, le développement économique de ces plateformes reposent sur la nécessité de devenir l’acteur principal du marché voire l’acteur monopolistique avant de pouvoir afficher des prix avec des marges conséquentes. En attendant d’obtenir cette place, l’objectif est d’habituer et de fidéliser les consommateurs. Cette stratégie passe par des opérations promotionnelles importantes dans la politique tarifaire. Une fois les concurrents éliminés et les clients fidélisés, les opérations promotionnelles disparaissent progressivement. Cette méthode comporte néanmoins le risque de voir entrer un nouvel acteur sur le marché à tout moment, ce qui pourrait remettre en cause la position monopolistique et  faire entrer le marché dans une spirale de levées fonds et de dettes pour résister à ces nouveaux entrants. 

Cependant en France, Getir qui avait pourtant avalé ses concurrents Gorillaz et Frichti, semblait en position de force après le retrait de l’allemand Flink. Assistons-nous à l’éclatement d’une bulle ou le groupe turc n’a tout simplement pas été assez patient ?

Quel avenir pour les salariés ?

Ces entreprises de la livraison ultra-rapide avaient fortement embauché des livreurs/préparateurs de commande qui travaillaient dans les “dark store”. Chez Getir (avec les salariés de Gorillaz et Frichti) ce sont près de 1800 salariés qui se sont investis dans ce projet  et qui sont  aujourd’hui dans le flou. Ils regrettent l’abandon rapide de l’entreprise turque qui, si elle a investi 350 millions d’euros depuis son arrivée en 2021, n’a pas la patience de continuer à investir alors que le marché à l’horizon 2030 pourrait être de 430 millions d’euros annuel.

Getir pointe du doigt la nouvelle réglementation qui vise à encadrer le secteur en complexifiant l’implantation de ces entrepôts dans les grandes villes. En effet le Conseil d’Etat et le gouvernement ont jugé que ces entrepôts étaient bien des entrepôts et non des commerces et qu’ils pouvaient être contraints de fermer si le Plan local d’urbanisme (PLU) interdit ce type d’activité à leur adresse. 

Deux acteurs familiers de cet environnement pourraient récupérer une partie du chiffre d’affaires et ce n’est pas une bonne nouvelle pour les salariés et le droit du travail. Uber eats et Deliveroo, plateforme de livraisons de repas réalisées par des “indépendants”, développent aussi des services de quick commerce en partenariat avec les grandes enseignes de supermarchés. 

Avec leur stratégie agressive et en s’appuyant sur des auto entrepreneurs, qui ont beaucoup moins de droits sociaux que les salariés de plateformes, les problèmes liés au  commerce ultrarapide sont loin d’être terminés. Certainement que d’autres acteurs tenteront de rentrer sur ce marché, persuadés que la livraison de courses en 10 minutes est une avancée sociale et l’avenir de l’Homme. Souvent à la recherche de rapidité et de profits, ils devront cependant être plus patients que Getir.