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Beaubourg avant les travaux, le chantier social 

Les salariés du musée Beaubourg sont en grève depuis le 16 octobre afin d’obtenir des garanties sur leur futur. Alors que le célèbre musée s'apprête à fermer ses portes entre 2025 et 2030 notamment pour du désamiantage, les inquiétudes des travailleurs n’ont pas été dissipées par leur direction. Au terme de ces cinq années de travaux, le devenir de leurs emplois et de leurs missions n’est pas encore assuré, pas plus que la réalisation du nouveau projet culturel du Président Laurent Le Bon.
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Centre Pompidou, le vendredi 8 décembre - @Débrayage

Face à la fermeture annoncée pendant 5 ans de leur établissement, les salariés du Centre Pompidou craignent naturellement pour leur avenir. Face à eux, la direction n’inspire pas confiance et si elle promet que « Chaque agent en CDI et fonctionnaire présent dans les effectifs à la réouverture retrouvera son poste ou un poste correspondant à ses compétences”,  elle ne répond pas aux revendications des salariés qui souhaitent avoir la garantie de retrouver le même poste qu’avant la fermeture. Le Ministère de la culture, lui, ne semble pas enclin à rassurer les fonctionnaires et salariés. 

Depuis quelques mois, la vie du musée est donc rythmée par les fermetures en pointillées au fur et à mesure de la reconduction de la grève. Les salariés ne font pas grève quotidiennement, la situation serait intenable après deux mois de mobilisation. Ils fonctionnent par roulement et tiennent notamment grâce à une caisse de grève.

Une fermeture nécessaire pour travaux

C’est un projet nécessaire et personne ne l’a jamais contesté” explique Nathalie Ramos Secrétaire Générale du Syndicat National des Musées et Domaines – CGT, “c’est la façon de faire qui l’est”. 

Initialement, deux possibilités s’offraient à la direction du musée. Soit une fermeture partielle et des travaux morceaux par morceau, ce qui nécessitait une fermeture de 7 ans et une organisation particulière. Soit une fermeture totale pour un laps de temps plus court de 3 ans. Finalement, les salariés ont appris par voie de presse que le musée fermera totalement pendant 3 années. 

Laurent Le Bon, fraîchement arrivé à la tête du musée en juillet 2021, finit par annoncer un nouveau projet culturel qui nécessite une fermeture totale de 5 ans. Un projet qui n’a pas été budgété dans les travaux et ne sera pas pris en compte par le Ministère de la Culture.

Charge à M. Le Bon de trouver les fonds propres nécessaires pour sa mise en œuvre, ce qui pose un double problème pour Nathalie Ramos. Les détails du nouveau projet, évalué à 169 millions d’euros, “n’ont pas été transmis de façon très claire aux représentants du personnel” alors que c’est un projet qui va les impacter directement. Ensuite, trouver des fonds oblige M. Le Bon a noué des partenariats pour financer son projet, notamment avec l’Arabie Saoudite qui a signé un contrat en novembre dernier. “Le souci c’est que ce sont des collections nationales, qui n’ont pas vocation à être louées pour financer un projet culturel dont on ne connaît pas les détails” poursuit Nathalie Ramos.

Ce projet au contour flou dont les représentants ne connaissent toujours pas la teneur a mis sur la touche la possibilité d’une fermeture partielle. Ce scénario élaboré sous l’ancienne présidence de Serge Lasvignes n’a jamais été dévoilé aux délégués syndicaux, et ce malgré leurs nombreuses demandes.

Des personnels inquiets pour leur avenir

Plusieurs affichages sont présents dans le musée pour rappeler au visiteur la mobilisation qui s'y déroule. - @Nathalie Ramos

Environ 1000 salariés sont employés au Centre Pompidou. 25% vont partir à la retraite durant la période des travaux et ne seront plus présents à la réouverture. Malgré cela, la lutte s’organise afin que la direction et le Ministère  s’engagent à maintenir les missions et les postes. Une mobilisation pour faire “perdurer tout ça” appuie Nathalie Ramos, “tout le savoir-faire qui a participé à l’identité du Centre, son caractère unique et pluridisciplinaire”. C’est aussi en ce sens que l’intersyndicale demande le redéploiement des agents dans un lieu unique.

Le redéploiement des agents

La garantie du maintien des postes n’est pas le seul point d’achoppement entre les salariés et la direction de Beaubourg. Le flou entoure aussi les missions que devront effectuer les agents durant la période de fermeture du Centre. 

En effet, les agents concernés par la fermeture complète du site devraient être re-déployés sur deux autres sites affirme le Musée.  Cependant, le nouveau site de Massy n’a pas encore vu le jour et devrait ouvrir à l’été 2026. D’autres trouveraient leur place au Grand Palais qui devrait rouvrir courant 2024 et pourrait accueillir deux expositions temporaires par an. Un problème de taille pour les représentants syndicaux car le Grand Palais possède ses propres salariés et ce n’est pas du tout le modèle économique. C’est un EPIC, établissement public industriel et commercial, “qui a vocation à faire du chiffre” regrette la représentante de la CGT.

Seule la Bibliothèque publique d’information (BPI), la plus importante de France en accès libre, avait connaissance de son sort et devait emménager sur le site Lumières à Bercy (Paris 12e). Mais les agents de la BPI ont rejoint la mobilisation car “sur les 350 000 ouvrages que compte les rayonnages, on leur demande d’en sacrifier 100 000, soit au pilon, soit en les donnant… Mais on sait que quand ils sont donnés à Recyclivre, ils sont donnés à Amazon… et ce sont quand même des ouvrages d’une bibliothèque publique. Il n’y a aucune directive sur ce qui doit rester ou disparaître: tout ne rentre pas, donc il faut faire de la place…”. 

Toute cette impréparation met les personnels en colère, c’est aussi une déconsidération du travail effectué jusque là.

A un an de la fermeture, les employés du Centre ne savent toujours pas où ils seront au commencement des travaux. 

Qui dit fermeture, dit aussi déménagement. L’espace de Massy n’étant pas en capacité d’accueillir les collections actuellement, elles vont devoir transiter, avant d’être re-démménagé moins d’un an plus tard. A chaque fois, “emballages, déballage, ré-emballage, des semi-remorques qui se baladent d’un côté à l’autre, un tas de manipulations qui ne sont pas les bienvenus pour la conservation des œuvres” dénoncent Nathalie Ramos. Des étapes qui, outre l’aspect écologique, impactent le budget, induisent des surcharges de travail et tendent à montrer que ce déménagement n’a pas été si bien préparé que ça.

La non-externalisation

Une autre revendication de l’intersyndicale (CGT, CFDT, FO, UNSA, Sud) est la non-externalisation des missions des agents, ni pendant la durée des travaux, ni lors de la réouverture. Externaliser reviendrait à faire appel à des prestataires extérieurs pour la réalisation des tâches initialement assurées par les agents du Centre Pompidou. Une démarche courante dans certains cas qui favorise souvent une précarisation des employés et une dégradation des conditions de travail. Nathalie Ramos justifie: “A la réouverture lorsque la structure a été fermée pour plusieurs années, on ne retrouve pas forcément le même plafond d’emploi et un certain nombre de missions sont externalisées.” 

Ces revendications précises sur le maintien des emplois et la non externalisation des missions avaient été votées en assemblée générale fin septembre par quelque 500 salariés qui souhaitaient des engagements concrets de la part de la direction. Plus de deux mois plus tard, force est de constater qu’elle n’a pas répondu à l’inquiétude de ses agents.

Comment faire confiance à la direction?

La direction ne semble pas décidée à accéder aux demandes des grévistes, notamment sur le maintien du plafond d’emploi, le maintien des missions de services publics, l’externalisation et le retour des personnels sur leur postes et pas un poste équivalent. Les représentants du personnel et les agents sont dans le flou le plus total qui a brisé la confiance en leur direction. 

Et pour cause, après un silence radio depuis le 14 novembre, M. Lebon a consenti à rouvrir le dialogue mardi 12 décembre. L’action menée par les personnels du Centre Pompidou, de la BPI, et plus généralement des métiers de la culture jeudi 7 décembre n’y est sans doute pas sans rien. “On est jamais les seuls à lutter et disons qu’il y a le feu un petit peu partout”. Mais pour Nathalie Ramos, ce qui a mis le feu au poudre, c’est surtout le fait de ne pas être entendu et de ne pas avoir de réponse, “au bout d’un moment, ils ont perdu patience”. La direction a ajouté une phrase dans le projet de protocole pour apporter “son soutien à la demande du maintien du plafond d’emploi pendant la fermeture”. Mais ce n’est pas suffisant, se désole l’intersyndicale lors de l’AG du 14 décembre. “Il nous faut des engagements fermes et tant qu’ils ne s’engageront pas sur ces questions là, on ne pourra pas se satisfaire de ça, il y a trop de risques.

 

 

L’inquiétude initiale se mue de plus en plus en colère pour certains agents. Outre le fait que la direction n’apporte pas les réponses escomptées aux demandes légitimes des grévistes sur leur avenir, certains agents seraient victimes de pression. En effet, plusieurs personnes ont remonté en AG s’être vu retirer leurs congés pourtant accordés l’année dernière par le comité technique. Pression, chantage ou réprimande, ces congés ont finalement été invalidés pour des raisons obscures… 

Affiche placardée sur la porte où se tenait l'AG - jeudi 14 décembre - @Débrayage

Le préavis de grève a été reconduit jusqu’au 15 janvier. En attendant, les actions risquent de se durcir du côté des grévistes qui envisagent la fermeture du Centre pendant les fêtes de Noël, et plus si la direction n’accède pas à leurs demandes.

 

 

Mis à jour le 15/12/2023